Quand on parle de cartes Pokémon, la plupart des gens pensent au Set de Base, au Dracaufeu holographique, à Wizards of the Coast. Mais l'histoire commence avant tout ça — au Japon, dans des distributeurs automatiques et des paquets de chewing-gum. Et cette histoire, presque personne ne la raconte en français.
Cet article retrace la chronologie complète des toutes premières cartes Pokémon jamais produites : des Carddass Bandai aux Topsun, jusqu'au Set de Base de Media Factory qui deviendra le jeu de cartes à collectionner que l'on connaît.
La chronologie en un coup d'oeil
🎰 Les Bandai Carddass : les toutes premières cartes Pokémon
Bandai Carddass Pocket Monster (1996)
Les premières cartes Pokémon commercialisées au monde. Pas un jeu — juste des cartes à collectionner. Distribuées exclusivement dans des bornes automatiques (carddass machines) au Japon.
Le nom "Carddass" vient de "card" + "DAS" (inspiré d'AMeDAS, un système météo japonais). L'idée : distribuer de l'information aux enfants, sous forme de cartes. Bandai avait déjà lancé des Carddass pour d'autres licences (Dragon Ball, Gundam), et Pokémon a naturellement rejoint le catalogue.
Les cartes reproduisent les illustrations officielles de Ken Sugimori, le character designer des jeux Pokémon Rouge et Vert. Elles existent en deux versions : "Green" (Part 1) et "Red" (Part 2), en référence aux deux jeux vidéo. Chaque série contient les 151 Pokémon originaux, plus des cartes spéciales (cartes carte et cartes liste).
Bandai a ensuite sorti deux séries supplémentaires (Part 3 et Part 4 en 1997), puis des séries Anime (1998-2000) basées sur le dessin animé. Au total, 958 cartes Carddass ont été produites entre 1996 et 2000.
✨ Les plus rares : Prism, Secret, et Jumbo
Parmi les 309 cartes des Parts 1 et 2, 24 cartes Prism (holographiques) sont les pièces les plus recherchées. Il existe aussi :
- Secret #000 Très rare — distribuée en avril 1997 dans les magasins Ito-Yokado (chaîne de supermarchés japonais). Impossible à trouver dans les distributeurs.
- Secret #CARDDASS Ultra rare — distribuée en juin 1997, encore plus rare.
- Jumbo Pikachu Promo — carte promotionnelle grand format, offerte au Tokyo Toy Show 1997.
🍬 Les Topsun : des cartes Pokémon dans du chewing-gum
Topsun Pokémon Gum Cards (1997)
Produites par Top-Seika, un fabricant de confiseries japonais. 2 cartes par paquet de chewing-gum, pour environ 60 yens (~0,50€). Les cartes sont en carton glacé avec un fini brillant qui se raye très facilement.
La controverse de la date : 1995 ou 1997 ?
Toutes les cartes Topsun portent l'inscription "© 1995 Nintendo / Creatures inc. / GAME FREAK inc.". Pendant des années, les services de gradation PSA et BGS les ont datées de 1995, ce qui en aurait fait les toutes premières cartes Pokémon au monde — avant même les Carddass Bandai.
Dos bleu, dos vert, et cartes sans numéro
Les Topsun existent en deux variantes de dos qui correspondent à deux tirages successifs :
Dos bleu (Blue Back)
Premier tirage (mars 1997). C'est la version la plus ancienne et la plus recherchée. Certaines cartes de ce tirage n'ont pas de numéro imprimé à droite du nom du Pokémon — environ 50 variantes "sans numéro" ont été identifiées. Ces erreurs sont les Topsun les plus rares.
Dos vert (Green Back)
Second tirage (à partir de juin 1997). Introduit les 16 cartes Prism holographiques. Toutes les cartes ont leur numéro. Moins rare que le dos bleu, mais les Prism holographiques de ce tirage restent très recherchées.
La surface glacée des Topsun les rend extrêmement sensibles aux rayures. Ajoutez à cela qu'elles étaient livrées en vrac dans des paquets de chewing-gum, sans protection, et vous comprenez pourquoi les exemplaires en état mint sont si rares. Un Topsun Charizard dos bleu sans numéro en bon état est une pièce de musée.
🃏 Le Set de Base japonais : naissance du JCC Pokémon
Pokémon Card Game — Expansion Pack (20 octobre 1996)
Le tout premier jeu de cartes à collectionner Pokémon. Publié par Media Factory au Japon, conçu par Creatures Inc. sous la direction de Tsunekazu Ishihara (futur président de The Pokémon Company). Ce n'est plus juste du collectible : c'est un vrai jeu avec des règles.
C'est le set qui a tout lancé. Parmi les 102 cartes, trois holographiques sont devenues des icônes mondiales :
Les illustrations sont signées Mitsuhiro Arita (Dracaufeu, Tortank), Ken Sugimori (Florizarre) et Keiji Kinebuchi (cartes énergie).
Ce qui n'existe PAS dans la version japonaise
Point crucial que beaucoup de collectionneurs ignorent :
Japon (Media Factory)
Pas de "1st Edition". Pas de "Shadowless". Pas de "Unlimited". Il n'y a qu'un seul tirage. Toutes les cartes japonaises du Set de Base sont identiques, sans distinction de version.
USA / Europe (WOTC)
3 variantes anglaises : 1st Edition Shadowless, Shadowless (sans logo), et Unlimited (avec ombre). Le concept de 1ère édition a été inventé par Wizards of the Coast pour le marché occidental.
France (WOTC)
2 variantes françaises : Édition 1 et Illimitée. Pas de Shadowless en français — toutes les cartes FR ont une ombre. Les tirages français sont bien plus faibles que les anglais.
Cette différence explique pourquoi le marché japonais et le marché anglais n'ont rien à voir en termes de prix. Un Charizard japonais du Set de Base en PSA 10, même s'il est la version "originale", se négocie bien en dessous d'un Charizard anglais 1st Edition Shadowless PSA 10 — parce qu'il n'y a pas la rareté de la variante de tirage. Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur les prix du Dracaufeu 1ère édition.
🌍 De Tokyo à Paris : comment les cartes ont conquis le monde
Entre octobre 1996 (Japon) et janvier 1999 (États-Unis), il s'est passé plus de deux ans. Pendant ce temps, le JCC Pokémon est devenu un phénomène au Japon, avec la sortie de Jungle, Fossil et Team Rocket dans la foulée. Quand Wizards of the Coast a obtenu la licence pour l'Occident, l'entreprise savait qu'elle tenait un blockbuster.
Le Set de Base anglais est sorti le 9 janvier 1999 aux États-Unis. Le premier tirage — les fameux "1st Edition Shadowless" — a été limité, ce qui explique leur rareté et leur valeur astronomique aujourd'hui. La version française a suivi dans l'année, avec des tirages considérablement plus faibles.
En 2003, la licence a été transférée de Wizards of the Coast à The Pokémon Company International, qui gère le JCC depuis. Mais les cartes Wizards (1999-2003) — souvent appelées le "bloc WOTC" ou le "bloc Wizard" — restent les plus recherchées par les collectionneurs de vintage. Pour en savoir plus, consultez notre guide complet du bloc Wizard.
📊 Récapitulatif : 3 types de cartes, 3 univers
| Carddass Bandai | Topsun | Set de Base (JCC) | |
|---|---|---|---|
| Date | Sept. 1996 | Mars 1997 | Oct. 1996 |
| Éditeur | Bandai | Top-Seika | Media Factory |
| Type | Collectible | Bonus confiserie | Jeu de cartes |
| Distribution | Distributeurs auto. | Paquets de gomme | Boosters / Starters |
| Nb cartes | 309 (Part 1+2) | 150 (sans Mew) | 102 |
| Illustrateur | Ken Sugimori | Non crédité | Arita, Sugimori, etc. |
| Holos | 24 Prism | 16 Prism | 16 Holos |
| Jouable ? | Non | Non | Oui |
Ces trois types de cartes coexistaient au Japon dans une même période de quelques mois. Pour un enfant japonais de 1996-1997, les Carddass et les Topsun étaient des objets du quotidien — aussi banals que des images Panini en France. Personne n'imaginait qu'ils deviendraient des pièces de collection valant des milliers de dollars.